Le lait suisse

Heidi et bouse de vache: une citadine à la ferme

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Le lait suisse

Heidi et bouse de vache: une citadine à la ferme

Elle n'avait pas prévu d'enfiler des bottes et de travailler une semaine à la ferme. Jusqu'à ce qu'elle remporte le casting de "Travailler, pas blablater". À l'écart des caméras, Lara raconte.

À 24 ans, Lara est étudiante en médecine. Sur le point de partir en année Erasmus, la jeune Genevoise doit tout annuler à cause de la pandémie. Son année de césure va conduire ses pas jusqu'à la ferme de la famille Pharisa…

Quelques mois et un casting plus tard, Lara débarque à Estavannens par un matin d'été. Elle découvre l'exploitation, avec son impressionnant troupeau de vaches laitières, sa grande étable moderne et l'alpage tout près du Moléson. C'est l'heure de l'immersion complète…

Lara, ça fait quoi pour une citadine d'être catapultée à la ferme?
Le plus dur, ça a été le sommeil. Je m'y attendais, mais c'était sans réaliser la vraie fatigue qu'il allait y avoir derrière. On commençait par la traite à 5h et on finissait parfois la journée à 20h.

As-tu fait des gaffes?
En arrivant, j'ai eu un petit moment de honte. Dans ma vidéo de présentation, je disais que j'avais hâte de travailler avec les poules – sauf qu'il n'y avait pas de poules. [rires] À part ça, quand j'ai réalisé la charge de travail à la ferme, je me suis vraiment appliquée par peur de ralentir Paul et Dominique.

À la ferme, il y a des imprévus en permanence; il faut avoir l'esprit logique et trouver des solutions rapidement.

Lara

Tu t'es occupée des vaches: qui a apprivoisé qui?
Que ce soit clair: les vaches n'ont jamais eu peur de moi. Moi, j'avais un peu la trouille. Un matin, je me suis retrouvée sur l'alpage, à brailler derrière elles pour les reconduire à l'étable. Il fallait aller les chercher aux quatre coins des pâturages pour la traite. Eh bien, quand tu veux faire avancer une vache et qu'elle ne bouge pas, tu ne fais pas la fière. Malgré tout, je me suis attachée à elles.

Parle-nous de la traite…
C'est le travail que j'ai préféré! Ce contact proche avec autant d'animaux n'a rien à voir avec mon quotidien. J'ai aimé travailler dans l'ambiance paisible du petit matin. Au début, je cherchais à combler les silences, puis j'ai appris à les apprécier. Surtout sur l'alpage: une vraie expérience à la "Heidi"!

Tu n'idéalises pas un peu?
Là-haut, le travail est plus difficile qu'à la ferme, mais il y a quelque chose de contemplatif. Le cadre est magnifique, on a vu le lever du soleil. On a trait les vaches dans une vieille étable en bois. À un moment donné, l'une des vaches a posé la tête sur les genoux de Christian [l'associé, ndlr]. C'était beau.

Est-ce que tu as aussi mis les mains "dans le fumier"?
T'en fais pas pour ça, j'ai même été éclaboussée par de la bouse! [rires] Il y avait un robot racleur, mais on nettoyait aussi l'étable nous-mêmes. Moi qui pensais qu'une ferme, c'est sale… Je ne m'attendais pas à un tel niveau d'hygiène. La salle de traite était nickel, par exemple. On shampouinait même les queues des vaches tous les jours!

On shampouinait les queues des vaches tous les jours!

Lara

Il y a d'autres préjugés sur l'agriculture à balayer?
Dans les villes et dans les médias, on pense que les paysans font surtout un travail physique. Mais en fait, il faut avoir énormément de connaissances qui couvrent tous les domaines: biologique, végétal, vétérinaire, mécanique, etc. J'ai été très impressionnée par tout ce savoir.

Tu as aussi eu un aperçu de la vie de famille à la ferme…
Florence et Fabienne sont des sortes de superwomen qui gèrent le travail à la ferme, leur métier à côté, les enfants, les repas, et qui avaient malgré tout le temps d'être super accueillantes… Les enfants passent beaucoup de temps à la ferme. Ils viennent aider en rentrant de l'école. Ils adorent ça.

Derrière les aliments, il y a des émotions et des familles.

Lara

Une enfance si différente de la tienne?
Même si ce sont des jeunes comme les autres, branchés sur les réseaux sociaux, il y en a un qui conduisait déjà le tracteur à douze ans et faisait les foins pour son papa. Je trouve qu'avoir de telles facultés, ça les ancre mieux dans la vraie vie. Ça leur donne confiance en eux. Augustin, qui m'accompagnait un peu partout, m'a demandé si je voulais devenir paysanne…

Et alors?
J'ai un énorme respect pour le métier d'agriculteur, mais je ne tiendrais pas plus de deux semaines [rires]. J'étais déjà épuisée au bout de cinq jours! Peu de personnes sont autant dévouées à leur métier. À la ferme, il y a des imprévus en permanence; il faut avoir l'esprit logique et trouver des solutions rapidement. D'un autre côté, c'est libérateur. Tu ne te prends plus la tête avec des choses superficielles.

Tu as transformé toi-même du lait en fromage, en yogourts… Ça change ton regard sur les produits au supermarché?
Oui, je suis fière de savoir que le Gruyère est fait avec du lait de la ferme où j'ai travaillé. Derrière ces aliments, il y a des émotions et des familles. La toute petite de trois ans qui accompagne son papa à la fromagerie en le tenant par le doigt… Ce sont des images qui resteront gravées en moi.