Histoires de fermes

"La conversion au bio, une bonne décision"

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Histoires de fermes

"La conversion au bio, une bonne décision"

Produire du lait au plus proche de la nature, voici le credo d'Esther et de Tobias Schneiter. Depuis 2017, la ferme Riverfarm est bio. Ses exploitants misent sur un affourragement avec 0 % de concentrés.

Histoires de fermes

Aujourd'hui, nous partons à la découverte de la ferme Riverfarm. À Fahrni, près de Thoune, Esther et Tobias Schneiter, qui fournissent en lait le transformateur fribourgeois Cremo, exploitent une ferme selon les directives de Bio Suisse. Découvrez-en davantage sur ce label.

Un veau et sa mère, une scène hors du commun

Wilma et Wanda se ressemblent comme deux gouttes d'eau (de lait?). La vache mère et son veau ne font qu'un. Cette proximité est inhabituelle pour une exploitation laitière: généralement, les veaux et leurs mères sont séparés très tôt. Mais à la ferme Riverfarm, dans la paisible commune de Fahrni, près de Thoune, il n'en est rien. "Nous voulons produire du lait au plus près des conditions naturelles", expliquent Esther et Tobias Schneiter. Ce qui réussit très bien au couple d'agriculteurs. Pour atteindre cet objectif, il a fallu faire quelques compromis. Nous y reviendrons.

Wilma et Wanda / Le petit Lario admire la petite Wilma
Wilma et Wanda / Le petit Lario admire la petite Wilma

L'été à l'alpage de "Pfidertschegg"

Depuis quatre ans, la ferme Riverfarm, située dans un cadre idyllique à proximité de Dorfbach et du Niesen, est officiellement une exploitation bio: les Schneiter travaillent selon les directives de Bio Suisse. Les jeunes agriculteurs misent sur un fourrage sans concentrés. "Nos vaches de race Swiss Fleckvieh mangent exclusivement de l'herbe, du foin et de l'ensilage", assure Tobias, qui a repris l'exploitation de son père il y a sept ans. En été, les vaches, les génisses et les veaux des Schneiter pâturent l'herbe riche en minéraux de l'alpage de "Pfidertschegg", à 1400 m d'altitude. En hiver, les animaux se nourrissent de foin et d'ensilage (de l'herbe conservée) qu'Esther et Tobias produisent sur leur exploitation.

Nos vaches de race Swiss Fleckvieh mangent exclusivement de l'herbe, du foin et de l'ensilage.

Tobias Schneiter, agriculteur bio

Des vaches en pleine forme

Le couple d'agriculteurs bernois en fait plus que ce qu'exige Bio Suisse. En effet, le bourgeon autorise les exploitations laitières de son label à utiliser jusqu'à 10 % d'aliments concentrés, en vertu du programme fédéral pour une production de lait et de viande basée sur les herbages (PLVH).
Bio Suisse réduira ce taux maximal de moitié, à 5 %, dès 2022. Pour les Schneiter, renoncer entièrement aux concentrés en vaut la peine: "Nos vaches sont en pleine forme". Esther abonde: "Elles sont beaucoup moins sujettes aux maladies des onglons ou à des problèmes de fertilité." En outre, l'alimentation 100 % verte des bovins présente des atouts économiques. "Nous dépensons moins d'argent en consultations vétérinaires et en fourrage."

Stabulation libre ouverte: lumière et air frais en abondance
Stabulation libre ouverte: lumière et air frais en abondance

Une étable avec trois murs extérieurs seulement.

Pour les exploitations Bio Suisse, le mode de détention des animaux est aussi central que celui de l'affourragement: le programme de bien-être animal SRPA (sorties régulières en plein air) est obligatoire. Là aussi, la ferme Riverfarm dépasse les exigences: les 28 vaches, 30 génisses et 15 veaux peuvent sortir chaque jour au pâturage ou sur leur aire de promenade... si les animaux le veulent bien. Les Schneiter s'amusent du constat que, chez les vaches également, lorsque le temps est maussade, certaines préfèrent ne pas mettre le sabot dehors. En plus du programme SRPA, Esther et Tobias sont inscrits au programme SST de stabulation particulièrement respectueuse des animaux. En 2017, ils ont construit une nouvelle étable, avec trois murs extérieurs au lieu de quatre. "Les vaches aiment le temps frais", explique Esther, "elles préfèrent qu'il fassent moins 20 °C que 20 °C au-dessus de zéro."

Lorsqu'il est question de vie ou de mort

"Dans l'étable, c'est la loi du plus fort qui règne", affirme Tobias. C'est pourquoi il écorne lui-même ses animaux: "Je le fais personnellement, car ma méthode permet d'assurer que les animaux endurent le moins de stress possible". Il prépare les animaux à l'anesthésie et à l'intervention avec des préparations homéopathiques. "De plus, je les écorne en phase de lune descendante. La cicatrisation est alors meilleure", affirme-t-il. Les Schneiter misent de façon générale sur la médecine alternative. Cependant, les exploitations bio peuvent recourir à des antiobiotiques si un vétérinaire les prescrit. "Chez nous, nous n'utilisons des antibiotiques que lorsqu'il est question de vie ou de mort."

Chaque jour, les bêtes qui le veulent bien peuvent sortir.

Chaque jour, les bêtes qui le veulent bien peuvent sortir.

Une mauvaise habitude qui endommage le pis des veaux

Esther et Tobias veulent gérer leur exploitation de façon aussi naturelle que possible. En ce qui concerne la détention des veaux, et plus précisément celle des veaux femelles, ils ont toutefois dû se résoudre à faire un compromis. "À l'âge de trois semaines, les mâles vont à l'engraissement", déclare Tobias. Les femelles, elles, restent deux semaines auprès de leur mère. Esther et Tobias laisseraient volontiers les veaux plus longtemps auprès de leurs mères. Surtout depuis qu'ils sont eux-mêmes devenus parents. Leur fils Lario Samuel a vu le jour en juillet 2021. Esther le concède: "C'est toujours difficile pour nous de séparer les veaux des vaches." L'élevage de veaux sous la mère, autorisé en Suisse depuis 2020, a cependant quelques inconvénients. "Par exemple, après le sevrage, les veaux se tètent l'un l'autre par habitude, et cela endommage leur pis."

"Les vaches doivent être dociles et propres"

En tant qu'exploitation d'élevage, la ferme Riverfarm doit s'assurer que les veaux deviennent des vaches laitières en bonne santé. Le couple vend 15 à 20 vaches par année à d'autres exploitations bio. "Nous prenons grand soin à ce que les vaches soient dociles", explique Tobias. "Une grande exploitation laitière n'a pas le temps de domestiquer les nouveaux animaux." Mais comment les vaches deviennent-elles dociles? "En leur donnant de l'attention, en les flattant, en les lavant lorsqu'elles sont sales, pour qu'elles soient à l'aise." Pour les Schneiter, les vaches sales sont un tabou. C'est pourquoi ils lavent la queue de chaque vache quotidiennement. Rituel qui a attiré les moqueries d'un confrère australien, lors d'un voyage du couple aux antipodes il y a quelques années. L'Australien aurait déclaré: "Les queues de vos vaches sont plus propres que les cuillères de nos restaurants!"

Tongs et bonheur parental
Tongs et bonheur parental

Des originaux traditionnels

Aussi typiquement suisses soient-ils, les Schneiter sont considérés comme des originaux au village. "Une étable avec seulement trois murs? Tout le monde ne comprend pas", s'amusent les deux trentenaires. Le fait qu'Esther conduise parfois le tracteur en tongs ou que Tobias pende la lessive en portant son fils dans une écharpe de portage ne passe pas non plus inaperçu. Et pourtant: les Schneiter sont parfaitement intégrés à Fahrni. Ils côtoient par exemple régulièrement aux expositions bovines de la région. "Pour nous, la tradition compte aussi."